
Depuis quelques années, chaque hiver, les belles enveloppes tombent dans ma boîte aux lettres, chaque printemps, je me creuse la tête pour trouver la robe qui ira bien, chaque été, nous leur consacrons un, deux, jusqu’à cinq weekends! Cette année, les réservations sont déjà prises pour trois et la saison des mariages commence très tôt puisque comme je l’ai déjà dit hier, nous sommes invités demain à un mariage.
Je suis souvent cynique sur le sujet du mariage, certainement car j’ai été élevée contre l’idée par deux parents qui ont mis fin au leur quand j’étais petite, parce qu’ils s’étaient trop aimés, trop tôt, trop jeunes et mariés trop vite pour qu’on les laisse vivre leur histoire. J’explique. Chez Maman et family, on n’aime pas les mariages, trop pompeux, trop religieux, trop mièvre, trop snob, trop conformiste, trop cher, et puis trop de bonheur comme ca d’un coup, ça ne peut pas durer… Et puis de toute façon, un tiers des mariages se terminent en divorce, alors à quoi ça sert ? J’ai donc souvent critiqué les mariages auxquels j’ai assisté (quelle ingrate, vraiment !). On nous a tellement endoctriné que maintenant, le mariage chez nous, c’est presqu’un crime, une maladie honteuse. Ce n’est qu’une fois à 2000 km du domicile familial que ma sœur et moi nous sommes enfin avouées que l’on regardait les vitrines de robes de mariées. Et promises de garder le secret ! De mes deux seuls cousins qui ont franchi le pas, l’une s’est mariée en cachette à l’autre bout du monde et l’autre en tout petit comité, parents, sœurs et témoins. Parce que la grande fête et la belle robe de mariée, c’est vraiment trop réac’.
Alors au risque d’être brulée vive, j’avais juste envie de dire que plus ça va et plus j’aime les mariages… L’anticipation – quelle robe va-t-elle porter ?, se faire belle pour l’occasion, le Petit Chimiste en costume – tellement rare !, le sourire ému du marié et ses yeux qui brillent quand la mariée fait son entrée, l’émotion partagée, le pur bonheur de nos amis, nos proches, une journée qu’ils n’oublieront jamais … Je deviens
soft avec l’âge !
La seule chose dont je me passerais volontiers c’est la question qui revient avec chaque mariage. La vieille grand-tante un peu pompette, les copines d’enfance, toutes mariées bien sûr, le nouveau couple : «
alors, et vous, c’est pour quand ? »
Sourires embarrassés. Regards qui balaient le plancher. Joues qui rosissent à vue d’œil. Euh, on sait pas, un jour peut être... Mais pas là, pas tout de suite. Oui, oui, ça fait bien 6 ans qu’on est ensemble, oui, c’est vrai, on vit « à la colle », dans le péché (pardon Mamie), mais alors on est heureux comme ça, on fait de mal à personne vraiment… On finirait presque par se sentir coupable, on a l’impression de décevoir. Alors on essaie de s’excuser, d’expliquer. Mais pourquoi ?
Si j’avais le courage, voila ce que je leur répondrais demain : nous vous laissons vivre votre mariage en paix, et nous sommes heureux pour vous, alors s’il vous plaît, pouvez-vous respecter notre choix et vous réjouir de notre non-mariage qui nous va bien ?
Mais, je vais arborer mon grand sourire poli et leur décerner la seule réponse qui les satisfera avant de changer habilement de sujet - la réponse bien rodée, la même que l’année dernière et qu’il y a 5 ans : « j’allais chercher quelque chose à boire, je vous offre un verre ? »